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Non participation au défilé du 14 juillet :Yayi confirme son différend avec Hollande PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Le Matinal du 14/07/2014   
Lundi, 14 Juillet 2014 12:54

Les relations personnelles entre Yayi Boni, Président de la République du Bénin et son homologue François Hollande de la France ont semblé recevoir un coup. Les deux personnalités s’évitent presque, confirmant le malaise né, depuis quelques semaines, entre elles. Et pour cause…
L’écart devient trop grand entre les deux hommes d’Etat. Yayi Boni vient de retourner l’ascenseur à François Hollande. Il ne fera pas le déplacement de Paris pour la commémoration de la fête du « 14 juillet ». L’invitation personnelle à lui adressée par son homologue de la France n’a pas reçu un avis favorable. C’est Nassirou Arifari Bako, ministre des affaires étrangères et des Béninois de l’extérieur qui est allé à Paris. C’est lui que Yayi Boni a désigné pour le représenter ce lundi, à l’occasion de la fête nationale française qui connaît la participation d’autres compatriotes béninois déjà sur-place pour le défilé habituel. Le Président béninois a préféré rester dans son pays pour s’occuper de la campagne cotonnière. Et donc, pendant que Hollande et ses invités seront en train de suivre les manifestations officielles de cette fête, Boni Yayi sera dans les champs au Bénin. Il vient ainsi confirmer nos informations publiées le mercredi dernier au sujet de la brouille entre lui et son homologue de la France.
Les années passées, il y a pris part, en personne. Cette année, il décide de ne pas y aller alors qu’il est le Président en exercice de l’Union économique et monétaire Ouest Africaine (Uemoa). C’est vrai que rien ne le contraint à effectuer le déplacement de Paris ; mais il a décidé de se faire représenter à un moment où il y a de forts soupçons qui pèsent sur ses relations avec son homologue. Mieux, son acte intervient à la veille du démarrage de la tournée de François Hollande en Afrique (Il sera à quelques kilomètres du Bénin, notamment en Côte d’Ivoire et au Niger). Sans chercher loin, on peut estimer déjà que Yayi Boni exprime ainsi son mécontentement face à l’Elysée qui n’a pas programmé son pays pour la tournée. Evidemment, cela doit faire très mal. Car, comme on le mentionnait dans notre parution, le Président Yayi est un doyen aux Présidents Allassane Ouatara et Mahamadou Issifou. Il ne sera pas content de voir François Hollande en Afrique pour la deuxième fois et ne pas inscrire le Bénin dans son programme.

Les éventuelles origines de la crise

Deux raisons fondamentales pourraient être à la base de cette brouille. On les avait évoquées dans nos précédentes parutions. D’abord, le Bénin est en déphasage avec le système démocratique pour avoir manqué d’organiser les élections municipales à bonne date et maintenir au pouvoir les Maires et conseillers locaux depuis 2013. C’est un grand coup-de-poing donné à la démocratie, chère à la communauté internationale, qui, certainement, n’arrive pas à comprendre pourquoi le Bénin de Boni Yayi traîne à parfaire la Liste électorale permanente informatisée (Lépi), outil supposé nécessaire pour des élections transparentes. Et cela se passe malgré la mobilisation des moyens. Pour rappel, la communauté internationale avait appuyé le Bénin dans la réalisation de cette liste. A cela, s’ajoute la crise judiciaire devenue permanente depuis plusieurs années dans le pays. Le système judiciaire béninois est en difficulté avec les revendications de l’Union nationale du Bénin (Unamab) et la menace de certains députés de retirer aux magistrats le droit de grève. Pendant ce temps, un (Angelo) magistrat s’est exilé aux Etats-Unis et un autre (Justin Gbènamèto) a été radié. Ce sont des signes d’un malaise au sein d’un système, socle d’une coopération entre les pays et garant d’une bonne démocratie, chère à la France.
Ensuite, il y a le dossier Patrice Talon. Dans cette affaire, le Président béninois n’a certainement pas eu le soutien et les résultats qu’il espérait de la France. Patrice Talon et Olivier Bocco n’ont pas été extradés, comme demandé par le Bénin. Même si la procédure judiciaire n’est pas allée jusqu’au bout pour donner raison ou non à quelqu’un, le dossier, à l’étape actuelle ne favorise pas le plaignant. Et sans nul doute, Yayi Boni ne serait pas content de son homologue qui, pour respect au principe de la séparation des pouvoirs, n’a pu influencer la décision de la justice française. Le Président béninois ne l’a pas dit officiellement ; mais les commentaires de ses partisans expriment bien la colère de son camp, face à la France. Les tentatives répétées de réviser la Constitution et les déclarations suspectes des partisans de Yayi Boni à propos de 2016 sont de nature à repousser François Hollande qui n’a aucun intérêt à entretenir des relations particulières avec lui. Autrement, il serait pris pour complice.

Félicien Fangnon