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Après son soutien aux magistrats:Claudine Prudencio dans une position intéressée ? PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Le Matinal du 11/07/2013   
Vendredi, 11 Juillet 2014 10:43

La députée de la majorité parlementaire Claudine Prudencio soutient les magistrats dans le combat qu’ils mènent contre l’interdiction programmée de leur droit de grève. Une prise de position qui étonne certains Béninois puisque cette élue était, il y a quelques mois, une défenseuse acharnée du gouvernement ; un gouvernement désigné comme le vrai concepteur de la nouvelle loi qui supprime le droit de grève des magistrats... Les magistrats ne sont pas seuls dans leur bataille pour la consolidation de l’indépendance de la justice. La 1ère Secrétaire parlementaire juge juste la lutte conduite par l’Union nationale des magistrats du Bénin (Unamab) et toutes les centrales et confédérations syndicales. Mercredi dernier, elle annonçait les couleurs sur sa page Facebook. « Consciente du combat légitime des magistrats béninois pour la défense et la garantie des libertés fondamentales dans notre pays, le Bénin, en ma qualité de 1er Secrétaire du Parlement béninois, je soutiens sans réserves, la marche des magistrats béninois de ce jeudi 10 juillet 2014. Députée au Parlement panafricain, je ferai une déclaration solennelle dans la journée de ce jeudi en faveur des magistrats béninois qui marchent sur le parlement à Porto-Novo ». Et elle a tenu parole hier jeudi. Face à la presse, elle a en effet lâché : « Je ne suis pas mandatée pour aller prendre cette motion sinon je serais partie volontiers. Vous connaissez bien mon courage. Je serais partie parce que c’est une cause noble que je défends moi-même. On ne peut pas ôter le droit de grève aux magistrats de cette façon ». Et de poursuivre : « Quand le président Kérékou était au pouvoir, on disait que le panier de la ménagère est vide. Aujourd’hui, ce panier est troué. C’est de ça qu’on doit parler et non de se précipiter pour ôter le droit de grève aux magistrats. C’est une cause que je soutiens. Je soutiens ces magistrats. Il faut qu’ils sachent qu’ils ne sont pas seuls. Nous sommes avec eux ». Des propos qui traduisent intelligiblement la pensée de la députée de la 6ème Circonscription électorale. Ces propos démontrent que non seulement la députée Claudine Prudencio dénonce le musellement en préparation des fonctionnaires de Justice mais ils établissent aussi sans ambigüités que la députée fait partie désormais des pourfendeurs du régime Yayi. Affirmer que le panier de la ménagère est troué sous un gouvernement, c’est porter des critiques. Revendiquer son appartenance à une majorité politique et formuler contre cette même majorité de telles critiques, c’est curieux. Ceci est d’autant plus curieux qu’il y a seulement quelques mois la députée Claudine Prudencio passait pour la meilleure défenseuse de Yayi Boni auprès des femmes d’Abomey-Calavi et des Communes environnantes. On se rappelle encore et encore des slogans « Papa Yayi Boni, papa Bonheur » répétés avec conviction par l’élue à ses fans lors de ses meetings. Ces propos tranchent pour le moins avec la déclaration prononcée hier jeudi par la même élue. Ils confirment le changement de ton observé par Claudine Prudencio depuis plusieurs jours.

La boucle ferroviaire, Prudencio et Yayi

La vigueur ainsi que toute la détermination qui caractérisent les déclarations d’hier de Claudine Prudencio amènent à s’interroger sur le sens de son engagement aux côtés des magistrats. La députée serait-elle vraiment préoccupée par la menace qui plane sur les droits de l’homme au Bénin ? S’inquièterait-elle pour le risque de bâillonnement des acteurs de la justice ? S’il est vrai que le gouvernement affiche de plus en plus l’ambition diabolique de fragiliser la justice, pourquoi Claudine Prudencio avait longtemps choisi de cautionner un tel projet par son silence coupable ? Claudine Prudencio a-t-elle opéré ce revirement parce qu’elle a changé fondamentalement de convictions politiques ? Ou encore, son revirement serait-il intéressé ? Des questions bien difficiles. Seulement, s’il est une évidence que le gouvernement multiplie les dérapages depuis plusieurs mois, il est aussi clair qu’un proche de la député de la 6ème Circonscription électorale et le gouvernement sont ces derniers jours à couteaux tirés. Entre l’homme d’affaires, Samuel Dossou-Awouret et le Chef de l’Etat, ce n’est plus le parfait amour. Le gouvernement a visiblement arraché au richissime Dossou-Awouret, le projet « Boucle ferroviaire » qui ralliera, par voie ferrée, le Port de Cotonou à la ville de Niamey via Parakou.
Yayi Boni et son gouvernement ont remis ledit projet à l’homme d’affaires français Vincent Bolloré. Et Claudine Prudencio vit mal la situation. Elle n’a de cesse dénoncé depuis plusieurs semaines « l’expropriation sauvage » dont serait victime son conjoint. Ses prises de position dans les médias au profit de l’homme d’affaires et les critiques acerbes formulées contre le gouvernement dans ce dossier ont tôt fait de clarifier sa position. L’affaire projet « Boucle ferroviaire » influencerait-elle le soutien que cette élue a apporté aux magistrats ? On est bien tenté de répondre par l’affirmatif.

Allégresse Sassé